Les deux bouts d’une même échelle
L’une de ces pages est parmi les plus chiffrées de son rayon et l’autre parmi les plus vides. Lues ensemble, elles montrent à quel point une fiche technique tient d’un choix de rédaction plutôt que d’une propriété du produit, puisque la même marque a produit les deux.
Les bâtons : le choix de la matière peut se chiffrer
La fiche des bâtons de marche publie 260 g par bâton pour la version en aluminium et 210 g par bâton pour celle en carbone. Publier les deux permet de chiffrer le passage à l’un plutôt que d’en débattre, et annoncer le chiffre explicitement par bâton permet de le comparer au reste du rayon sans rien diviser par deux. Elle publie aussi une plage de 63 à 135 cm rapportée à des tailles d’utilisateur d’environ 95 à 200 cm, des poignées en liège avec une extension souple sous la tête, et quatre paires d’embouts — bitume, terrain, boue et neige — dans la boîte.
La caractéristique que les bâtons refusent de nommer
Le blocage. Un bâton télescopique se choisit sur son blocage plus que sur toute autre chose, et aucun mécanisme n’est nommé nulle part sur la page : ni levier, ni serrage par torsion. Ni longueur pliée, si bien qu’on ignore avant leur arrivée si la paire voyage dans une valise, ni nombre de brins, qui est ce qui explique la plage sur un bâton descendant jusqu’à 63 cm. Trois cases vides, et ce sont les trois premières qu’un acheteur de bâtons demanderait.
Le sursac de survie publie un seul chiffre
L’entrée sursac est un sursac de survie vendu par deux, et la lecture honnête est que ce n’est pas un abri. Elle publie une cote de coupe de 213 × 91 cm et une face intérieure argentée. Tout le reste porte « Non publié sur la fiche » : aucun tissu, aucun denier, aucune colonne d’eau, aucune annonce de respirabilité d’aucune sorte, aucune couture thermosoudée, aucune fermeture, aucun encombrement et aucun poids — sur un produit dont tout l’argument est qu’il est léger et petit. La cote de coupe répond bien à la seule question qui compte pour une feuille de secours, celle de savoir si un corps tient dedans. Au-delà, rien sur la page ne permet de le tenir pour une nuit dehors.